L’arrivée aux urgences

L’accueil en urgence ressemble dans le meilleur des cas à celui d’une voiture des 24 heures du Mans arrivant au stand.

Dans le meilleur des cas ! Mais le pire existe aussi. On a souvent l’impression de déranger…

Maël. Une fois arrivé aux urgences, ils étaient débordés, je suis mal tombé.

Ils m’ont laissé de longues minutes sur un brancard. La tempête de sensations était pour moi totalement inédite. Tout mon organisme me signifiait que chaque minute comptait, qu’il était engagé dans une course contre la mort. Ce sont des minutes interminables, terribles. Mais le pire, c’est en sortant de l’I.R.M. Personne ne m’a rien expliqué, j’ai juste entendu un médecin dire : « il n’y a rien à faire ». J’ai compris que ma dernière heure était venue, je vivais mes dernières heures. C’était un vendredi soir. Je n’ai vu un interne que le lundi après-midi. Entre les deux, cette phrase ne m’a pas quitté. Je leur en veux encore.

Ce n’est que plusieurs jours plus tard qu’une infirmière m’a expliqué que dans le cas d’un AVC hémorragique comme le mien, on est placé en observation intensive, mais il n’y a pas d’injection -fluidifier le sang serait fatal sur une hémorragie !-, c’est pourquoi j’avais entendu « on ne fait rien ». Mais cette phrase m’avait déclenché une hémorragie … d’énergie vitale. J’ai dû survivre en outre à 48h passés à guetter la mort qui doit arriver d’une minute à l’autre. Ce traumatisme là, je n’en ai toujours pas récupéré.

Yann. Le moment où tout a basculé

Monique conduit. Elle me semble calme. Je sais qu’elle est inquiète et se donne une contenance. Pour ma part j’énumère toutes les activités de loisirs auxquelles je me livre mais qui exigent, outre une certaine condition physique, une autorisation médicale délivrée par un médecin spécialiste après un examen médical quelque peu approfondi.

Pour me faire un shoot d’adrénaline il me faudra désormais trouver autre chose. J’en fais par à Monique; qui me répond : « On verra… mais pour le moment ce n’est pas le sujet. » Elle a raison, ce n’est pas le sujet. Il n’empêche que, à cet instant, c’est cela qui me désole le plus, devoir renoncer à certaines passions. Je me sens totalement idiot, j’ai une tension ainsi qu’un rythme cardiaque extrêmement élevés et je suis en train de faire l’inventaire de ce à quoi je vais devoir renoncer si tant est que j’en réchappe. Un risque vital est engagé, c’est certain. « Ça va aller » me glisse Monique, tout en stationnant la voiture au plus près de l’entrée des urgences. Elle pense la même chose que moi : que la partie n’est pas gagnée. ..

Aux urgences, les choses vont très vite, nous sommes attendus. Les questions de l’interne puis le scanner ne laisse plus aucun doute sur le diagnostic et la gravité de la situation. Gravité que jusqu’à ce moment je ne voulais pas vraiment admettre.

Monique. Pourquoi toutes ces questions sur notre habitat ?

Je venais d’amener mon mari aux urgences. Pourquoi l’interne des urgences me pose-t-il  ces questions sur notre habitat: « avez vous un escalier ? etc, etc. ». Elle a bien dû noter que Yann est arrivé en marchant. Après tout un léger boitement n’a jamais empêché personne de monter un escalier ! Par cet interrogatoire qui m’exaspère, elle tente, vraisemblablement, de nous faire percevoir la gravité de la situation. Ce n’est que le soir en me retrouvant seule à la maison que j’accepte d’y penser et je m’effondre… Les soins ne font que commencer, les causes de l’avc ne sont pas maitrisées et de plus, les conséquences peuvent s’aggraver…

Dans la journée je suis restée auprès de Yann, en permanence soucieuse de ne pas le stresser d’avantage. Ses problèmes moteurs sont les mêmes depuis ce matin… Nous avons confiance en l’équipe médicale…

Dans l’après–midi, j’ai prévenu nos filles qui, l’une et l’autre, habitent au loin. J’ai tenté de les informer de l’état de santé de leur père sans le dramatiser. Plus tard, lorsque la santé de Yann commencera à s’améliorer, toutes deux me révèleront que ma voix trahissait le sérieux de la situation. Pourtant je pensais m’exprimer avec calme.

C’est bon de le savoir

Quand tout se passe bien, quatre ou cinq médecins et infirmiers prennent en charge la victime instantanément, l’enfilent dans un caisson d’I.R.M. pour savoir si l’accident est ischémique ou hémorragique car le traitement est quasiment inversé dans les deux cas. On comprend que le médecin du 15 hésite parfois à déclencher ce grand jeu.

• Allô docteur urgentiste ?

Rassurer la victime est déjà important dans le cas des AVC ischémique, où l’I.R.M. est suivie d’une intervention de thrombolyse. Cela devient à nos yeux quasiment vital dans le cas d’un AVC hémorragique. Dans ce dernier cas, l’absence d’acte médical a été perçu par certains d’entre nous comme un abandon de l’équipe médicale. Et donc, l’annonce d’une mort prochaine, dans les heures qui viennent. Nous proposons qu’un médecin rassure la victime avec ces quelques mots simples :

  • dans tous les cas :

« nous savons que ce que vous vivez est très angoissant, mais sachez que nous en voyons souvent et que la plupart des victimes récupèrent assez bien. Il y a une vie après un AVC. Tenter de vous apaiser, dans quelques heures cela ira mieux. »

  • Dans un cas d’AVC hémorragique sans intervention immédiate, on peut ajouter :

« nous avons vu clairement ce qui se passe. Ne vous affolez pas, vous êtes sous contrôle très étroit. Il est inutile d’intervenir tout de suite car l’hémorragie et vos symptômes vont peut-être régresser dans les heures qui viennent. Sinon, en cas de nécessité, nous interviendrons par une opération. Tenter de vous apaiser, dans quelques heures cela ira mieux. »

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